The Beatles

Pays Royaume-Uni
GenrePop, rock (voir liste détaillée)
Années actives1960?1970 (réunion entre 1994 et 1996)
Site officielwww.thebeatles.com

 

The Beatles est un groupe de rock britannique, originaire de Liverpool, en Angleterre. Formé en 1960, et composé de John Lennon, Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr, il est considéré le groupe de rock le plus populaire et influent de l'histoire. En dix ans d'existence et seulement huit ans de carrière discographique (de 1962 à 1970), les Beatles ont enregistré douze albums originaux et ont composé plus de 200 chansons. Influencés par le skiffle, la musique beat et le rock'n'roll des années 1950, ils ont rapidement fait évoluer leur style musical, abordant des genres aussi variés que la pop, la musique indienne, le rock psychédélique et le hard rock. Leurs expérimentations techniques et musicales, leur popularité mondiale et leur conscience politique grandissante au fil de leur carrière, ont étendu l'influence des Beatles au-delà de la musique, jusqu'aux révolutions sociales et culturelles de leur époque.

Après avoir débuté au sein du groupe The Quarrymen, Lennon, McCartney et Harrison deviennent populaires dans les clubs de Liverpool et de Hambourg en reprenant des standards du rock'n'roll, mais Lennon et McCartney se sont également associés dès leur rencontre en 1957 pour écrire des chansons par dizaines, affinant leur technique au fur et à mesure. En 1961, Brian Epstein devient leur manager, et les présente à des maisons de disques, sans succès dans un premier temps. L'année suivante, ils recrutent le batteur Ringo Starr et signent un contrat avec le label Parlophone dont le patron est George Martin, qui produit leur premier succès, Love Me Do, et occupe une place prépondérante à leurs côtés jusqu'à la fin du groupe. Ce titre lance leur carrière au Royaume-Uni à la fin 1962. Après la naissance de la Beatlemania au Royaume-Uni, les Beatles connaissent le succès en Amérique à partir de 1964, puis dans le monde entier. A partir de l'album Rubber Soul, en 1965, le groupe expérimente davantage et produit des albums aujourd'hui classiques tels que Revolver (1966), Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band (1967), The Beatles (1968) et Abbey Road (1969).

Après leur séparation en 1970, les quatre membres poursuivent une carrière solo, et tous rencontrent le succès, particulièrement dans les années immédiates suivant la fin du groupe. Paul McCartney et Ringo Starr sont les deux Beatles encore en vie, après l'assassinat de Lennon en décembre 1980 et la mort d'Harrison en 2001.

Les Beatles demeurent les artistes ayant vendu le plus grand nombre de disques au monde. Ce chiffre était estimé par EMI dans les années 1980 à plus d'un milliard de CD et vinyles vendus à travers la planète, et il a continué à augmenter durant les décennies suivantes, atteignant un chiffre supérieur à deux milliards,. Considérées comme la « bande-son » des années 1960 [Par qui ?], les chansons des Beatles sont toujours jouées et reprises dans le monde entier. Leurs mélodies ont été adaptées à de nombreux genres musicaux, dont le jazz, la salsa, le reggae ou la musique classique.

Biographie

Formation et débuts sur scène (1957-1962)

Des Quarrymen aux Beatles

? John Lennon

John Lennon est un adolescent de Liverpool élevé par sa tante « Mimi » ? Mary Elizabeth de son vrai nom. Son père, Alfred Lennon (dit « Freddie »), marin, a rapidement délaissé sa mère Julia Stanley et son enfant. Julia, qui n'a pas les moyens d'élever John seule, le confie à sa sœur Mimi. Dès qu'il découvre Elvis et le rock 'n' roll, John veut devenir musicien et se voit offrir un banjo, puis une guitare par sa mère.

En mars 1957, alors âgé de seize ans, il forme un groupe de skiffle avec quelques amis de son lycée, le Quarry Bank High School. Initialement nommé The Blackjacks, il change de nom après avoir découvert qu'un autre groupe local se nommait déjà ainsi, et devient The Quarrymen. C'est le que John Lennon rencontre Paul McCartney. Lennon et les Quarrymen donnent un concert pour la fête paroissiale de l'église St. Peter. À la fin du concert, Ivan Vaughan, un ami commun, présente McCartney à Lennon. Il prend alors une guitare et joue Twenty Flight Rock d'Eddie Cochran devant Lennon, un peu éméché mais néanmoins très impressionné. Quelques jours plus tard, Pete Shotton, autre membre des Quarrymen, propose à Paul de se joindre au groupe. Celui-ci, qui n'a alors que quinze ans, accepte.

En , McCartney invite son ami George Harrison à un concert des Quarrymen. Lennon lui fait passer une audition pour rejoindre le groupe et est impressionné, mais estime qu'il est trop jeune ; il n'a alors que quatorze ans. Sur l'insistance de McCartney, George Harrison intègre le groupe comme guitariste solo au mois de mars. En janvier 1959, les amis de lycée de Lennon ont tous quitté le groupe pour se consacrer à leurs études au Liverpool College of Art.

À trois - guitaristes et chanteurs - au sein d'une formation à géométrie variable qui s'appelle tour à tour « The Rainbows » et « Johnny and the Moondogs », avec ou sans batteur, ils se produisent dans des clubs de Liverpool. Ils jouent notamment au Jaracanda, un coffee-shop dirigé par Allan Williams (en), qui sert d'agent au groupe débutant. Ils se produisent également au Casbah, dirigé par Mona Best, la mère de leur futur batteur Pete Best. D'autres portes s'ouvrent ensuite, dont le Cavern Jazz Club, alors que le rock 'n' roll et le Merseybeat, les styles des groupes de Liverpool, deviennent populaires dans la ville.

Un ami peintre de John Lennon, Stuart Sutcliffe, rejoint le groupe en janvier 1960 après avoir vendu un de ses tableaux pour se payer une guitare basse. Il suggère d'adopter le nom de « Beatals », en hommage au groupe accompagnant le rocker Buddy Holly, The Crickets (« les criquets »), ainsi qu'au film L'Équipée sauvage avec Marlon Brando, où il est question d'un gang du nom de « Beetles » (« scarabées »). Ils utilisent ce nom jusqu'en mai, où ils adoptent celui de « Silver Beetles » et accompagnent en tournée le chanteur de pop de Liverpool Johnny Gentle. Début juillet, ils deviennent les « Silver Beatles ». En août 1960, ils adoptent définitivement le mot-valise « Beatles », formé à partir de beat (« rythme ») et beetle (« scarabée »), avant d'honorer leur premier contrat dans un club de Hambourg.

Autodidactes, influencés par le rock 'n' roll et le blues noir américain, ils jouent les morceaux de rock du moment « à l'oreille », sans partitions. Toutefois, John Lennon et Paul McCartney s'associent déjà pour écrire ensemble des chansons, par dizaines, assis face à face avec leurs guitares dans une parfaite symétrie (McCartney étant gaucher), affinant leur technique au fur et à mesure. Quelques-unes d'entre elles, comme One After 909, ressortent sur les albums des Beatles des années plus tard. Ils partagent également un drame qui les rapproche : Paul McCartney a perdu sa mère Mary, décédée des suites d'un cancer du sein en 1956, tandis que la mère de John, Julia, meurt happée par une voiture conduite par un policier ivre en 1958.

Séjours à Hambourg

Bruno Koschmider, propriétaire de l’Indra Club et du Kaiserkeller, deux clubs du quartier de Sankt Pauli à Hambourg, engage les Beatles sur les indications de leur agent Allan Williams. Celui-ci conduit le groupe jusqu'à la cité hanséatique avec sa camionnette, pour honorer un contrat de trois mois et demi.

Cinq jours avant de partir pour l'Allemagne, le , ils ont auditionné et engagé Pete Best comme batteur. Pour satisfaire le public des clubs hambourgeois, les Beatles élargissent leur répertoire, donnent des concerts physiquement éprouvants, et recourent aux amphétamines pour rester éveillés. Les jeunes gens sont par ailleurs logés dans des conditions difficiles, voire quasiment insalubres.

En novembre 1960, lorsque Koschmider apprend que les Beatles se sont produits dans un club rival, le Top Ten Club, il met fin à leur contrat et dénonce Harrison aux autorités allemandes ; il a menti sur son âge et se fait expulser en Angleterre à la fin novembre. McCartney et Pete Best, qui ont involontairement mis le feu à leur loge en enflammant un préservatif, se font également expulser peu après. Lennon reste en Allemagne jusqu'en décembre, en compagnie de Sutcliffe.

Les Beatles effectuent en tout cinq séjours à Hambourg : d'août à novembre 1960, de mars à juillet 1961, d'avril à mai 1962, puis en novembre et en décembre 1962. Entre leurs différents voyages en Allemagne, ils continuent à se produire à Liverpool et dans ses environs, se constituant un solide noyau de fans, mais restent inconnus au-delà du « Merseyside ». En décembre 1961, ils ne jouent que devant dix-huit personnes à Aldershot, dans la lointaine banlieue de Londres.

Stuart Sutcliffe, bassiste du groupe depuis le début de l'année, joue mal de son instrument : il se produit généralement dos au public afin que cela ne se remarque pas et « joue » même parfois sans que son instrument soit branché à un ampli. Tombé amoureux de la photographe Astrid Kirchherr, qui prend les premières photos du groupe, il décide de rester à Hambourg lorsque ses camarades regagnent l'Angleterre en février 1961. Après le départ de Sutcliffe, Paul McCartney, jusque-là guitariste au même titre que John Lennon et George Harrison, devient le bassiste du groupe, ses deux camarades n'étant pas enthousiastes pour tenir ce rôle. Sutcliffe meurt à 21 ans le d'une congestion cérébrale, trois jours avant que les Beatles ne posent à nouveau le pied sur le sol allemand pour un nouvel engagement de sept semaines au Star-Club.

D'autres groupes de Liverpool se produisent à Hambourg, comme Rory Storm and The Hurricanes, dont le batteur se nomme Ringo Starr. Les Beatles envient sa notoriété et apprécient sa compagnie. Les deux groupes partagent l'affiche de très nombreuses fois à Liverpool, et se retrouvent au Kaiserkeller du côté de la Reeperbahn pendant plus d'un mois en octobre et novembre 1960, où Ringo a l'occasion de jouer avec eux. Selon Paul McCartney, l'intérêt pour le groupe dans sa ville de Liverpool naît au retour de Hambourg le 27 octobre 1960 lors d'un concert au Utherland Town Hall de Liverpool, salle municipale qui servait deux jours par semaine de dancing aux jeunes.

C'est aussi à Hambourg qu'ils décrochent leur premier contrat d'enregistrement, chez Polydor, en tant qu'accompagnateurs du chanteur et guitariste Tony Sheridan,. Le 45 tours My Bonnie par Tony Sheridan and The Beat Brothers est publié en . « J'ai grandi à Hambourg, pas à Liverpool », dira plus tard John Lennon. Évoquant cette période des débuts, il racontera aussi : « Quand les Beatles déprimaient et se disaient : « On n'ira jamais nulle part, on joue pour des cachets merdiques, on est dans des loges merdiques », je disais : « Où on va, les potes ? », et eux : « Tout en haut, Johnny ! », et moi : « C'est où ça ? », et eux : « Au plus top du plus pop ! » (to the toppermost of the poppermost), et moi « Exact ! » Et on se sentait mieux. » Par ailleurs, nostalgique de cette époque « cuir », on entend aussi John Lennon expliquer dans le disque Anthology 1 : « Ce que nous avons fait de meilleur n'a jamais été enregistré. Nous étions des performers, nous jouions du pur rock (straight rock) dans les salles de danse (dance halls), à Liverpool et à Hambourg, et ce que nous produisions était fantastique. Il n'y avait personne pour nous égaler en Grande-Bretagne (There was nobody to touch us in Britain). »

En 2008, Hambourg a dédié une place de la ville au groupe en hommage à leur musique.

Apport décisif de Brian Epstein

À leur retour d'Allemagne, les Beatles ont acquis la maturité qui leur manquait, techniquement d'abord, sur scène ensuite. Le , après leurs deux premiers voyages formateurs à Hambourg, Brian Epstein vient voir les Beatles au Cavern Club de Liverpool, le café souterrain où ils se produiront près de 300 fois jusqu'au . Disquaire à l'origine, Epstein n'a jamais dirigé de formation musicale auparavant mais connaît quelques-uns des à-côtés qui mènent à la popularité d'un artiste. Il devient leur mentor et les propulse au rang de musiciens professionnels. Afin de gommer leur image de sauvages, il leur fait abandonner les vêtements en cuir au profit de complets-vestons, comme les professionnels de l'époque. De la même manière, ils adoptent une coupe de cheveux caractéristique, la moptop, qui se différencie de la banane ou des cheveux gominés et peignés en arrière des rockers (Pete Best est le seul à rester coiffé ainsi). Astrid Kirchherr (sous l'influence des existentialistes ou des étudiants en Beaux-Arts de cette ville), aurait été à l'origine de cette coupe de cheveux en bol lors de leur séjour à Hambourg. il est également possible que ce soient John Lennon et Paul McCartney qui l'aient adoptée, à l'issue d'un court séjour à Paris en .

L'image soignée et professionnelle du groupe passe aussi par la création d'un logo rapidement reconnaissable. Un premier logo des Beatles, avec des antennes d'insecte sur un « B » stylisé, est dessiné par Terry « Tex » O'Hara et momentanément utilisé sur la grosse caisse de la batterie de Ringo et pour la page d'introduction de The Beatles Book, le journal mensuel du fan-club officiel, tout au long de son existence (1962-1972). En avril 1963, à l'achat de la nouvelle batterie Ludwig, Ivor Arbiter, le propriétaire de la boutique Drum City de Londres, dessine à l'insistance de Brian Epstein le logo le plus connu du groupe, avec un « B » et un « T » abaissés pour mettre en évidence le mot « Beat » (rythme).

Brian Epstein fait le tour des maisons de disques afin de leur faire signer un contrat d'enregistrement, multipliant sans succès les tentatives auprès des grandes compagnies discographiques. L'audition chez Decca est restée célèbre : le , les Beatles enregistrent 15 titres en une heure pour ce label, mais le directeur artistique Dick Rowe les refuse en déclarant : « Rentrez chez vous à Liverpool, M. Epstein, les groupes à guitares vont bientôt disparaître. » Rowe est par la suite surnommé dans le milieu the man who turned down The Beatles, « l'homme qui refusa les Beatles ».

Intuition de George Martin

Finalement, seul George Martin, alors producteur chez Parlophone, une division d'EMI, se montre intéressé. Brian Epstein lui fait écouter les bandes Decca au début du mois de mai 1962, et rendez-vous est fixé pour une audition dans les studios EMI le . Intéressé par les groupes vocaux à couleur particulière et par le gros succès depuis 1961 des Beach Boys outre-Atlantique, George Martin pense devoir miser sur l'assemblage des voix des trois chanteurs dont il se chargera ensuite des arrangements vocaux.

Quatre jours après être revenus de Hambourg où ils honoraient un engagement au Star-Club (leur troisième séjour dans la ville allemande), les Beatles arrivent aux studios EMI de Londres, situés au 3, Abbey Road dans le quartier de St. John's Wood. C'est leur première visite dans ces studios qu'ils vont rendre mondialement célèbres. George Harrison raconte ainsi leur première audition : « Les autres membres du groupe m'ont presque tué lorsque George Martin nous a enregistrés pour la première fois. En rejouant la bande, il nous a demandé : « Y a-t-il quelque chose qui ne vous plaît pas ? » Je l'ai regardé et ai dit  : « Pour commencer, je n'aime pas votre cravate », et les autres  : « Oh non ! On essaie de décrocher un contrat ici ! » Mais George Martin avait, lui aussi, le sens de l'humour. » « Ça a brisé la glace ! », note-t-on du côté du personnel technique des studios EMI.

George Martin a une intuition. Il décèle le potentiel des Beatles et décide de les « signer », mais il n'aime pas beaucoup le style de Pete Best et suggère de le remplacer pour les premières véritables séances d'enregistrement. Le groupe ne se fait pas prier et s'en sépare en pour le remplacer par Ringo Starr, avec qui les affinités sont bien plus grandes. Une éviction brutale, qu'ils n'annoncent même pas eux-mêmes à Pete Best : c'est Brian Epstein qui s'en charge. Ce renvoi n'est pas sans conséquence. George Harrison explique : « On avait joué au Cavern Club et les gens hurlaient « Pete est le meilleur ! » (jeu de mots avec « Best » en anglais), « Ringo jamais, Pete toujours ! » C'était devenu lassant, et je me suis mis à les engueuler. Après le concert, on est sorti des loges, on est entrés dans un tunnel tout noir, et il y a quelqu'un qui m'a balancé un coup de poing dans le visage. Je me suis retrouvé avec un œil au beurre noir. Qu'est-ce qu'il ne fallait pas faire pour Ringo ! »

Les 4 et 11 septembre, les Beatles enregistrent leur premier single, Love Me Do. Pour la version de Love Me Do présente sur l'album Please Please Me, le batteur est Andy White, musicien de studio, tandis que sur le single publié le , c'est Ringo Starr qui tient la batterie ; George Martin ne voulait pas prendre de risques avec un autre batteur qu'il trouvait médiocre. Toutefois, Ringo Starr, qui n'a jamais oublié cette « humiliation », joue du tambourin sur la version de l'album, et ce premier titre publié par EMI est l'un des seuls où ce n'est pas lui qu'on entend derrière les « fûts » (Paul McCartney, également excellent batteur, remplace Ringo sur Back in the U.S.S.R., The Ballad of John and Yoko et Dear Prudence).

À l'instigation de Brian Epstein, qui met à profit son expérience de disquaire, les Beatles vont désormais alterner des sorties de morceaux isolés (sur « 45 tours » ou « singles »), qui ne sont pas sur les albums, et celles d'albums dont sont extraits des singles lancés plus tard, accréditant ainsi l'idée qu'acheter un album des Beatles est une « valeur sûre » où l'on trouve déjà « les succès que les autres ne découvriront que demain ».

Pete Best, amer de son éviction des Beatles, sort son propre album en 1965, Best, of The Beatles (la virgule a son importance), avec le Pete Best Combo, dont la pochette est une photo où il est batteur du groupe et entouré des autres, mais cet album reste anecdotique. De cette époque, certains enregistrements rares et un peu marginaux des Beatles ont été très recherchés, notamment ceux qu'ils ont réalisés chez Polydor avec Tony Sheridan, les fameuses « bandes Decca » de (que l'on a fini par entendre en partie trois décennies plus tard sur le disque Anthology 1), et les enregistrements de 1962 en direct du Star-Club de Hambourg, avec Ringo à la batterie, qui seront publiés en 1977.

Expansion de la Beatlemania (1963-1966)

Premier album et début de la Beatlemania (1963)

Le , sort Love Me Do, qui n'atteint que le 17e rang au palmarès britannique. Ce n'est pas encore la « Beatlemania », mais il s'agit là d'une grande satisfaction pour le groupe, particulièrement au moment où le titre passe de plus en plus à la radio. Leur deuxième 45 tours, Please Please Me ? malgré des paroles ambiguës pour l'époque (« You don't need me to show the way, love », que l'on peut traduire par « tu n'as pas besoin que je te montre comment faire, chérie ») ? est propulsé au premier rang. les Beatles obtiennent ainsi l'occasion d'enregistrer un album complet, ce qu'ils feront en 585 minutes (9h45) le . Intitulé Please Please Me et sorti le , cet album atteint également la tête du hit-parade, où il se maintient durant sept mois.

Partie de Liverpool ? où ils continuent jusqu'en à enflammer le Cavern Club ?, la popularité des Beatles se répand dans tout le Royaume-Uni, qu'ils sillonnent inlassablement, y effectuant quatre tournées cette année-là. Les succès se suivent : From Me to You en avril, puis She Loves You en août, sont classés no 1 des ventes de singles. She Loves You et son fameux « Yeah Yeah Yeah! » rend les Beatles célèbres dans toute l'Europe. Leur passage, le , dans le très populaire show télévisé londonien Sunday Night at the Palladium marque le début du phénomène que la presse britannique baptise la « Beatlemania ». Disquaires pris d'assaut, ferveur généralisée, jeunes filles en transe? Le groupe va aligner douze no 1 successifs dans les charts britanniques de 1963 à 1966, jusqu'à la publication en du single « double face A » Strawberry Fields Forever/Penny Lane, seulement no 2 (mais premier aux États-Unis).

Le , les quatre musiciens de Liverpool se produisent devant la famille royale au Prince of Wales Theatre de Londres, pour le Royal Command Performance, où un John Lennon, irrévérencieux, avant de se lancer dans l'interprétation de Twist and Shout, dit au public : « On the next number, would those in the cheaper seats clap your hands? All the rest of you, if you'll just rattle your jewelry! / Pour notre prochain titre, est-ce que les gens installés dans les places les moins chères peuvent frapper dans leurs mains ? Et tous les autres, agitez vos bijoux ! »

En 1963, John Lennon et Paul McCartney écrivent tout le temps, en n'importe quel endroit, dans le bus qui les amène d'un lieu de concert à l'autre, dans leurs chambres d'hôtel, dans un coin des coulisses avant de monter sur scène, dans l'urgence avant d'enregistrer, quelquefois en une seule prise, autant de titres qui vont marquer leur histoire et celle de la musique rock.

En tête des ventes d'albums, Please Please Me n'est remplacé à la première place que par le deuxième album du groupe, With the Beatles, publié le . Ces deux disques sont exportés aux États-Unis respectivement sous les noms de Meet The Beatles et The Beatles' Second Album, en ayant préalablement subi divers traitements tels que le raccourcissement de la liste des chansons, la modification de l'ordre des pistes, ou bien celle du son (écho, stéréo, etc.) avec une nouvelle pochette. Dans un premier temps, les maisons de disques américaines affichent leur mépris pour ce qu'elles pensent être un phénomène passager. Leur cinquième 45 tours, I Want to Hold Your Hand, est leur premier no 1 sur le marché américain et y reste du 1er février au . Il sera détrôné par She Loves You du 21 au 28 mars, suivi de Can't Buy Me Love du 4 avril au 2 mai. Le classement du Billboard Hot 100 du aux États-Unis fait apparaître cinq titres des Beatles aux cinq premières places : la « Beatlemania » qui avait débuté au Royaume-Uni se propage de l'autre côté de l'Atlantique, et dans le monde entier.

Analyse du phénomène (1963)

La « Beatlemania » fut un phénomène d'ampleur et à plusieurs facettes. La jeunesse prend goût à se coiffer et s'habiller « à la Beatles », comme en témoignent les photos de l'époque prises dans les rues. Ils deviennent des trend-setters, expression anglophone que l'on peut traduire en français par faiseurs de mode ou leaders de tendances. Les disquaires se spécialisent sur la discographie des Beatles, et pour mieux gérer ses stocks, la société EMI/Parlophone propose la présouscription des albums et des singles à suivre, même s'ils sont encore à l'état de projet. Les pré-commandes atteignent dès lors des sommets astronomiques : par exemple, 2,1 millions pour Can't Buy Me Love en 1964.
Des magazines spécialisés fleurissent, comme le célèbre Beatles Monthly, (aussi connu sous le nom de Beatles Book, 77 éditions de 1963 à 1969, intégralement republiées de 1977 à 1982) et se vendent comme des petits pains. L'atmosphère hystérique des concerts rend parfois ceux-ci presque inaudibles. Le premier ministre britannique, Harold Wilson, remarque néanmoins que ces artistes constituent pour le pays une excellente exportation, notamment en termes d'image : celle de jeunes gens souriants, polis, bien habillés, et pleins d'un humour très britannique lors des interviews. Ils sont décorés par la reine du Royaume-Uni, le à Buckingham Palace, de la médaille de membre de l'Empire britannique (Member of the British Empire, ou MBE). C'est en fait la plus basse des décorations. Certains MBE ? dont plusieurs sont des vétérans et des chefs militaires ?, froissés, renvoient par dépit leur propre croix à la Reine. John Lennon répliqua qu'il aimait mieux recevoir cette distinction en divertissant. Les vrais honneurs arrivent beaucoup plus tard, quand James Paul McCartney est anobli en 1997. Extrêmement liés, par le simple fait qu'ils sont les seuls à « vivre la Beatlemania de l'intérieur », considérant se trouver dans l'œil du cyclone, voyant tout le monde s'agiter frénétiquement autour d'eux, se soudant autant que possible, très amis, les Beatles se voient affublés du surnom de « monstre à quatre têtes » au plus fort du phénomène.

Dans les années 1960, l'industrie musicale est en pleine expansion. Désormais, il est possible de donner des concerts dans des salles de plus en plus grandes. À la télévision, les émissions sont de plus en plus regardées par un public familial. Les Beatles participent dès 1963 à de nombreux shows avec les animateurs les plus populaires de la télévision britannique et bientôt américaine, et sont les premiers à passer dans une émission diffusée en Mondovision, dans le monde entier, le 25 juin 1967, avec la chanson All You Need Is Love. Depuis 1965, les Beatles ne chantent pratiquement plus qu'en playback à la télévision. McCartney s'en explique : « Nous faisons un très important travail de studio, corrigeant inlassablement la moindre imperfection avec une précision maniaque. Pas question d'offrir aux téléspectateurs, alors que ce son existe, un autre son déformé par les mauvais studios des plateaux de TV ». Toujours en 1965, les Beatles prennent la résolution de ne plus donner d'autographes : « Nous n'avons tout simplement pas assez de bras, et nous devons tout de même pouvoir utiliser nos guitares de temps en temps ! ». Les Beatles ont l'intelligence[non neutre] de mêler à des standards du rock comme Kansas City des chansons susceptibles de plaire à la génération précédente (Till There Was You, You've Really Got a Hold on Me ; Bésame mucho reste dans les cartons). À noter que ces chansons, y compris Bésame mucho, font partie du répertoire des Beatles depuis Hambourg. Pour ne pas se faire cataloguer comme « mods » et perdre le public des « rockers », Brian Epstein a eu une idée : les Beatles, retrouvant un moment le cuir de leurs débuts, vont sortir un EP (extended play) de quatre titres de rock pur et dur (Matchbox, I Call Your Name, Long Tall Sally et Slow Down) qui est le « disque des initiés » et montre « ce que les Beatles savent vraiment faire quand ils le veulent ». Satisfaits par cet « os à ronger », les rockers ne dénigrent plus les Beatles eux-mêmes, mais les fans qui achètent leurs autres disques en ne sachant pas ce qu'est la vraie musique des Beatles, qui ont montré qu'ils savaient faire bien mieux que de la pop. Pour se concilier ce public ? mais aussi pour se faire plaisir ? la présence d'un « standard de rock » devient un « incontournable » des albums.

Dans le film A Hard Day's Night, tourné en noir et blanc pour ne pas coûter trop cher ? mais aussi pour masquer le fait qu'ils n'ont pas la même couleur de cheveux ? et réalisé par Richard Lester, les Beatles orchestrent habilement leur propre légende, avec un humour très britannique. Cet humour devient délirant avec le film suivant, Help!, sorti à l'été 1965, en couleurs, où les Beatles se moquent d'eux-mêmes. On va jusqu'à les comparer aux Marx Brothers, ce que John estime excessif. Plus tard, George Harrison, quant à lui, noue une solide amitié avec Eric Idle et le groupe des Monty Python et va même jusqu'à financer le film Life of Brian. L'humour britannique est par ailleurs une composante majeure des Beatles. Ceux-ci, notamment dans le film A Hard Day's Night, n'hésitent pas à rivaliser de bons mots. A la question : « Comment avez-vous trouvé l'Amérique ? », les membres du groupe répondent : « Tournez à gauche au Groenland ! ».

John Lennon avait soigné son personnage avant-gardiste en écrivant en 1964 et 1965 deux livres de courtes nouvelles dans un style imagé et surréaliste, In His Own Write, puis A Spaniard in the Works. La critique de l'époque ne leur fait pas bon accueil, mais Christiane Rochefort traduit en français le premier sous le titre « En flagrant délire ».

Entre-temps, le fan club des Beatles travaille à fidéliser un réseau de fans à qui on concède des bonus comme des photos inédites et des disques hors commerce offerts à Noël : un Christmas Record sortira ainsi chaque année durant les fêtes, jusqu'en 1968. Brian Epstein intervient pour la partie organisation et George Martin pour la partie musicale. Dès le début des années 1960, George Martin fait à tout hasard enregistrer un album de musique symphonique inspirée des Beatles. Un autre, plus élaboré, suit bien plus tard pour le remplacer. Vers l'an 2000, un disque nommé Beatles Go Baroque et issu des pays de l'Est fait de même.

Passage à Paris (1964)

À l'avènement de leur gloire internationale, et donc en laissant de côté leurs prestations au Star-Club de Hambourg et au Cavern Club de Liverpool, c'est à l'Olympia de Paris et durant trois semaines (du 16 janvier au ), à raison d'un, deux ou trois shows quotidiens, soit 41 apparitions en tout, que les Beatles ont joué le plus longtemps au même endroit. Après un « tour de chauffe » au cinéma Cyrano à Versailles le 15 janvier, ils donnent leur premier spectacle à l'Olympia le lendemain. L'affiche est imposante et donne tout son sens au mot « Music-hall ». Daniel Janin et son orchestre, les Hoganas, Pierre Vassiliu, Larry Griswold, Roger Comte, Gilles Miller et Arnold Archer, acrobates, jongleurs, humoristes, chanteurs se succèdent sur la scène avant la deuxième partie du spectacle avec les trois têtes d'affiche au fronton du Boulevard des Capucines : Trini Lopez, Sylvie Vartan et les Beatles, passant à chaque fois en dernier.

Les passages des Beatles sont assez courts puisqu'ils ne jouent à chaque fois que huit titres : From Me to You, Roll Over Beethoven, She Loves You, This Boy, Boys, I Want to Hold Your Hand, Twist and Shout, Long Tall Sally. La surprise pour eux, c'est que la salle est composée en majorité de garçons, et qu'ils n'entendent pas, pour une fois, les cris féminins stridents qui les accompagnent d'habitude. Au fur et à mesure, et malgré quelques incidents techniques au début, les Beatles conquièrent leur public. Durant leur séjour à Paris, les jours de relâche leur permettent d'aller faire un tour aux studios Pathé-Marconi de Boulogne-Billancourt. Le 29 janvier, ils y enregistrent leurs deux titres en langue allemande : Komm, gib mir deine Hand / Sie liebt dich (I Want to Hold Your Hand et She Loves You). Le premier est entièrement enregistré, voix et instruments (en 14 prises), le second n'est qu'un ajout vocal sur leurs propres pistes instrumentales. Le même jour, ils mettent également en boîte un nouveau tube composé par Paul : Can't Buy Me Love.

C'est aussi à Paris que les Beatles apprennent qu'ils viennent de décrocher leur premier no 1 aux États-Unis : I Want To Hold Your Hand. Cette nouvelle provoque une grande scène de joie collective dans leur chambre du George-V ; Mal Evans raconte : « Quand je suis rentré dans la pièce je suis resté stupéfait. Debout sur un fauteuil, John prononçait une sorte de discours dont je n'arrivais pas à saisir un mot. George donnait des bourrades à Ringo et je me demandais encore ce qui se passait quand Paul me sauta sur le dos ! Ils étaient heureux comme des collégiens en vacances et, à la réflexion, je reconnais qu'il y avait de quoi. » Pendant ce séjour, John Lennon et Paul McCartney poursuivent par ailleurs le travail de composition pour leur futur album, A Hard Day's Night; un piano a spécialement été installé à cet effet dans leur chambre de l'Hôtel George-V. Le groupe posera également, pour le sculpteur David Wynn qui créera deux œuvres : leurs têtes, qu'il place une par-dessus l'autre, et des figurines du quatuor en spectacle avec leurs instruments. C'est la seule occasion où ils seront modèles pour un sculpteur.

À la conquête de l'Amérique (1964-1965)

? Brian Epstein

Trois jours après leur dernière prestation à l'Olympia, une foule immense est à leurs côtés à l'aéroport londonien de Heathrow, au moment où ils s'embarquent pour le Nouveau Monde. De l'autre côté de l'Atlantique, c'est encore la foule ? plus de 10 000 fans ? qui les attend lorsqu'ils se posent sur le tarmac de l'aéroport international John-F.-Kennedy de New York, le . Un événement majeur va secouer l'Amérique moins de 48 heures plus tard : plus de 73 millions de personnes (soit 45% de la population) assistent en direct à leur première prestation télévisée, lors du Ed Sullivan Show diffusé sur CBS le 9 février. Une audience record pour l'époque, qui reste encore de nos jours une des plus élevées de l'histoire, hors retransmissions sportives. Certains médias iront jusqu'à dire que cet événement télévisuel a redonné le moral à l'Amérique encore profondément traumatisée, 77 jours après l'assassinat du Président Kennedy,.

Après un premier concert dans des conditions difficiles au Coliseum de Washington ? la scène est au milieu de la salle, comme un ring, la batterie doit pivoter et les musiciens se retourner pour faire face à une partie ou à l'autre du public, le matériel fonctionne mal, etc. ? le 11 février, un autre le lendemain au Carnegie Hall de New York, et un nouveau passage dans le Ed Sullivan Show en direct de Miami le 16 février, les « Fab Four » (en français les « quatre fabuleux ») rentrent au pays. L'Amérique est emportée par la Beatlemania, un rendez-vous est pris pour une première tournée de 26 dates à travers le pays, à guichets fermés, du 19 août au .

C'est pendant cette tournée estivale des États-Unis que les Beatles rencontrent Bob Dylan, et que ce dernier leur fait essayer la marijuana pour la première fois. Une découverte qui a une importance incontestable dans l'évolution de leur musique. La légende veut que Dylan ait pris le « I can't hide » (« je ne peux le cacher ») de I Want to Hold Your Hand pour « I get high » (« je plane ») et qu'il ne se soit ainsi pas gêné pour proposer un « reefer » aux Beatles.

L'histoire d'amour entre les Beatles et l'Amérique, où ils enchaînent les no 1 en 1964 et 1965, trouve un point d'orgue le en ouverture de leur seconde tournée de ce côté de l'Atlantique. Ce jour-là, ils sont le premier groupe de rock à se produire dans un stade, le Shea Stadium de New York, devant 56 000 fans déchaînés et dans des conditions singulières pour ce genre de spectacle dans une telle arène, sous les hurlements de la foule. Les Beatles se produisent seulement munis de leurs amplis Vox, et sont repris par la sono du stade, c'est-à-dire les haut-parleurs utilisés par les « speakers » des matches de baseball. Il en résulte que ni eux ni le public n'entendent clairement une note de cette prestation historique. Les documents filmés ce jour-là démontrent cependant que les Beatles arrivent à jouer, et que c'est John Lennon qui les empêche de se retrouver paralysés par l'événement en multipliant les pitreries, comme parler charabia en agitant ses bras pour annoncer un titre en se rendant compte que personne ne peut l'entendre, ou maltraiter un clavier avec ses coudes au moment de l'interprétation de I'm Down.

Les contrats signés en 1965 par les Beatles pour qu'ils se produisent dans les arènes américaines stipulent qu'ils refusent de jouer devant un public ségrégationniste. Déjà, en 1964, le groupe avait publiquement déclaré son refus de se produire en Floride tant que le public noir n'était pas en mesure de s'asseoir là où il le désirait.

Pionniers de la British Invasion, terme utilisé aux États-Unis pour y décrire la prédominance des groupes de pop rock anglais ? parmi lesquels les Rolling Stones, les Who ou encore les Kinks ? au milieu des années 1960, les Beatles sont abonnés aux premières places des charts américains jusqu'à la fin de leur carrière. Ils détiennent d'ailleurs toujours, aujourd'hui, un record absolu avec 209 millions d'albums vendus sur ce seul territoire. « La musique n'a plus jamais été la même depuis lors » affirme la RIAA (Recording Industry Association of America).

Cinéma et « œufs brouillés »

Le film A Hard Day's Night (dont le titre français est Quatre garçons dans le vent) permet d'aborder et comprendre ce qu'était la Beatlemania en 1964. La bande-son de ce faux documentaire humoristique réalisé en noir et blanc par Richard Lester, qui connaît un succès international, est aussi le troisième disque des Beatles (sorti en Angleterre le chez United Artists Records). Le titre a été accidentellement créé par Ringo Starr ; sortant à une heure avancée des studios, il a dit « It's been a hard day » (« cela a été une dure journée »), puis s'apercevant que c'était la nuit, a ajouté « ?'s night » (« ?de nuit »). Il représente un tour de force de John Lennon, auteur et chanteur principal de 10 des 13 chansons. Il est à cette époque au sommet de sa prépondérance sur le groupe. C'est le premier album des Beatles à ne comporter aucune reprise, tous les titres étant signés Lennon/McCartney. Il inclut notamment la première ballade portant réellement « la patte » de Paul McCartney, And I Love Her, ainsi que de nombreux futurs no 1. Encore une fois, deux éditions différentes sont réalisées pour l'Angleterre (Parlophone - 14 titres) et les États-Unis (Capitol - 11 titres).

Pressés de toutes parts, littéralement poussés vers les studios au milieu d'incessantes tournées, les Beatles sortent dans la foulée, le , Beatles for Sale (titre évocateur : « les Beatles à vendre »), où ils se contentent de reprendre en studio leur répertoire scénique du moment en y incluant quelques nouvelles chansons, comme Eight Days a Week, I'm a Loser, Baby's in Black et No Reply ou une très ancienne comme I'll Follow the Sun. Le disque comprend donc six reprises de rock 'n' roll et sera livré avec une pochette, qui comme celle de With the Beatles (et d'autres à venir) deviendra une des plus pastichées des décennies suivantes. Au même moment, le titre I Feel Fine de John Lennon, publié en single le 27 novembre, est no 1 durant cinq semaines. Il démarre par un « feedback » de guitare ou effet Larsen, le premier du genre dans le rock, que l'on pourrait croire accidentel, alors que cet étonnant effet est délibéré. « Je défie quiconque de trouver la présence d'un feedback sur un disque avant I Feel Fine, à moins que ce soit un vieux disque de blues de 1922 » assure John Lennon.

La « Beatlemania » bat toujours son plein en 1965, lorsque sortent le film Help! ? tourné par les Beatles dans les volutes de fumée de cigarettes très spéciales ? et le disque du même nom. Seule la moitié des titres de l'album fait partie de la bande-son du film dont Ringo Starr est la vedette, et trois chansons vont marquer l'histoire du groupe, autant de no 1 dans les charts. Help! d'abord, où John Lennon, il l'avoue plus tard, se met à nu en appelant au secours. Le succès, la célébrité, ne lui apportent aucune réponse, il est, dit-il, dépressif et boulimique, dans sa période « Elvis gros ». Ticket to Ride ensuite, considéré par Lennon comme le titre précurseur du hard rock avec ses effets de guitare, ses roulements de toms et sa basse insistante.

Yesterday enfin, la chanson mythique de Paul McCartney qu'il joue à tout son entourage, une fois composée sous le titre de travail Scrambled Eggs (« œufs brouillés ») se demandant sincèrement et interrogeant à la ronde pour savoir s'il a bien inventé cette mélodie ou si elle ne vient pas de quelque part, tant elle paraît évidente. Elle devient la chanson la plus diffusée et la plus reprise du XXe siècle (près de 3 000 reprises). Yesterday et son fameux arrangement pour quatuor à cordes, suggéré et composé par George Martin en compagnie de l'auteur de la chanson qui pour la première fois, l'enregistre seul, sans les autres membres du groupe. Plus de 40 ans après, Paul mesure encore sa chance d'avoir rêvé cette chanson, de s'en être souvenu au réveil, qu'elle fut bien de lui, et qu'elle ait connu cet incroyable succès.

Tournant de Rubber Soul

Un soir d', un ami dentiste de George Harrison et John Lennon charge leur café, ainsi que ceux de leurs épouse Cynthia Lennon et compagne Pattie Boyd avec une substance pas encore illicite : le LSD,. Ils découvrent donc cette drogue sans l'avoir voulu, mais John va en devenir un gros consommateur pour au moins les deux années suivantes. Tous vont l'essayer (McCartney, très réticent, est le dernier à en prendre, en 1966, mais le premier à en parler à la presse), et d'une façon générale, la musique et les paroles des Beatles vont encore évoluer sous l'influence de cette substance hallucinogène. À l'automne 1965, ils enregistrent un album charnière dans leur carrière : Rubber Soul. Le titre est un jeu de mots à partir de rubber sole ? semelle en caoutchouc ?, soul music ? la musique de l'âme ? et plastic soul ? âme influençable ?. Les textes sont plus philosophiques, plus fouillés (la poésie de Lennon, l'influence de Bob Dylan déjà présente dans You've Got to Hide Your Love Away de l'album Help!), aux thèmes plus sérieux. Le disque est enregistré dans l'urgence, car il doit sortir pour Noël, en quatre semaines, du 12 octobre au 11 novembre 1965.

Leur musique est devenue plus élaborée, les techniques d'enregistrement en studio sont en progression, le temps qui y est passé également. Leur immense succès est la garantie pour eux d'une liberté de plus en plus grande dans la création et la possibilité de bousculer les codes en vigueur (par exemple les horaires, ou le simple fait de pouvoir se déplacer de la salle d'enregistrement à la cabine, devant la table de mixage) dans les austères studios d'EMI. « C'est à cette époque que nous avons pris le pouvoir dans les studios » note John Lennon.

Les locaux de ce qui s'appelle encore « studios EMI » (ils deviendront « Abbey Road » plus tard) fourmillent d'instruments en tous genres, jusqu'aux placards, et les jeunes musiciens, désormais intéressés par toutes les formes de musique, commencent à tester et à intégrer les sons les plus divers dans leurs chansons. « On aurait pu emmener un éléphant dans le studio pour peu qu'il produise un son intéressant » raconte Ringo Starr. Rubber Soul se caractérise par deux ruptures : Nowhere Man est la première chanson des Beatles ne parlant pas de filles et d'amour ; il n'y a pas une seule reprise d'un quelconque standard du rock 'n' roll ou autre sur ce sixième disque des Beatles, et il n'y en aura plus jamais. George Harrison, qui vient de s'acheter un sitar car il est tombé amoureux de la musique indienne en écoutant les disques de Ravi Shankar, est amené à l'utiliser spontanément sur la chanson Norwegian Wood (This Bird Has Flown) de John Lennon. Grande première dans le rock, l'initiative de Harrison inspire Brian Jones dans la composition du riff de Paint It, Black des Rolling Stones quelques mois plus tard.

Les Beatles étaient au départ un groupe basé sur sa maîtrise de l'harmonie vocale ? leur maîtrise de la polyphonie n'a pas été étrangère à leur succès et a presque fait oublier les précédents représentants américains du genre, les Four Seasons ?, œuvrant dans la plus grande économie de moyens ; en 1965, la recherche instrumentale devient prépondérante. Les harmonies vocales restent toutefois très présentes (Drive My Car, Nowhere Man, If I Needed Someone, The Word, Wait), tout comme diverses facéties, comme sur le pont de la chanson Girl de John Lennon, que McCartney et Harrison ponctuent par des « Tit tit tit tit » (« nichon » en anglais).

La compétition et l'émulation battent également leur plein entre les deux auteurs principaux du groupe : le jour de la publication de Rubber Soul (le ), sort également le 45 tours Day Tripper / We Can Work It Out. Le premier titre est de John (avec l'aide de Paul), le second de Paul (avec l'aide de John), et les deux compères se bagarrent pour figurer sur la face A du single, qui est le tube assuré. Il est alors décidé que ce seront deux faces A, lesquelles atteignent la première place des charts, et ce pour cinq semaines consécutives.

À l'époque, hors de leur « compétition interne », la plus sérieuse émulation pour les Beatles vient d'outre-Atlantique. En effet, si les Rolling Stones commencent tout juste à émerger en adoptant volontairement une attitude de mauvais garçons, ce sont les Beach Boys qui opposent les qualités les plus grandes en termes d'harmonies vocales, de recherches mélodiques et de techniques d'enregistrement. L'album Pet Sounds, conçu par Brian Wilson comme une réponse aux innovations de Rubber Soul, est d'ailleurs une source d'inspiration pour Revolver, le prochain album des Beatles. Les musicologues s'accordent généralement à dater la naissance de la « pop » de cette émulation entre les deux groupes en 1965-1966.

Demain ne sait jamais

À l'été 1966, leur album suivant, Revolver, sorti le en Angleterre, est de la même veine. John Lennon est au meilleur de sa forme, inspiré, innovant avec Doctor Robert, Tomorrow Never Knows, She Said She Said et dans I'm Only Sleeping, où le solo de guitare est passé à l'envers. Paul McCartney s'affirme en mélodiste talentueux avec Eleanor Rigby, For No One et Here, There and Everywhere. Il a aussi l'idée de la chanson Yellow Submarine pour Ringo Starr. And Your Bird Can Sing reprend et développe des effets de guitare qui n'apparaissaient que discrètement à la fin de Ticket to Ride. Le sitar indien, déjà entendu dans Norvegian Wood, a séduit George Harrison ; son admiration pour l'Inde ? dont il ne se départira plus ? devient évidente avec Love You To. Une autre chanson de George Harrison ouvre le disque, Taxman. La galerie de thèmes et de personnages s'élargit : un percepteur, une bigote solitaire, le sommeil et la paresse, le capitaine d'un sous-marin jaune, un docteur douteux, le Livre des morts tibétain? La pochette du disque est dessinée par leur ami Klaus Voormann.

Tomorrow Never Knows (« Demain ne sait jamais », encore un accident de langage signé Ringo Starr), dernier titre de Revolver, est un cas particulier : joué sur un seul accord (le do), incluant des boucles sonores préparées par Paul, des bandes mises à l'envers, accélérées, mixées en direct avec plusieurs magnétophones en série actionnés par autant d'ingénieurs du son ? une dizaine ? envoyant les boucles à la demande vers la table de mixage, il ouvre l'ère du rock psychédélique et peut aussi être considéré comme le titre précurseur de la techno. Les prouesses de George Martin et des ingénieurs du son des studios EMI ? à commencer par Geoff Emerick ? vont jusqu'à répondre aux demandes extrêmes de John Lennon, désirant que sa voix évoque celle du Dalaï-lama chantant du haut d'une montagne. Ils élaborent cet effet en faisant passer la voix de John dans le haut-parleur tournant d'un orgu

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All You Need Is Love 7

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Yellow Submarine 8

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